Le livre de Christian Pèes
« L’arme alimentaire, les clés de l’indépendance »
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Page 15
« Malaise chez les agriculteurs
En 1945, il nourrissait 2,5 personnes ; en 1960, il en faisait manger 15 ! Et ce n’était qu’un début. En 2005, il en nourrirait quatre fois plus : 60 individus, pour 1 agriculteur ! De petit paysan qui va vendre son lait, ses oeufs et sa farine au marché ou à la foire du coin, il devint un entrepreneur. Toujours au fait du matériel dernier cri, anticipant, gérant, négociant, osant… Sûr que sa ferme et ses méthodes n’avaient plus grand-chose en commun avec celle de papa, et encore moins celle de grand-papa. »
Page 42
« Citoyen que veux-tu ?
Vous poursuivez votre déambulation dans les allées de l’hyper, et votre caddy se remplit : nuggets et wings pour les enfants… Tiens : une promo sur les côtes de porc ! On va en profiter pour faire un barbecue… Oh ! deux pots de mousse de foie gras pour le prix d’un ? Ça serait dommage de s’en priver. Yaourts. Fromages. Biscuits. Tiens ! Une promo sur les lecteurs de DVD… Ça sera parfait pour la deuxième télé.
Vous faites la queue, vous payez. Et vous pestez en rangeant votre ticket. Ma parole, c’est hors de prix ! À ce train-là, vous allez finir à découvert avant le milieu du mois. Et avec les
vacances en Thaïlande qui se profilent, c’est le pompon. Tout ça pour manger mal : viande sans goût, goldens crayeuses… Vous refermez avec humeur le coffre de votre Espace gorgé de victuailles et de gadgets technologiques. Dans quel monde vivons-nous ? »
Page 69
« O=MC, mon amour
L’agriculture mondiale a perdu la boule. (…) Dans les pays riches et développés, de moins en moins de paysans produisent de plus en plus – à ne plus savoir que faire de leurs denrées, entend-on dire souvent… Dans les pays pauvres en voie de développement, une majorité d’agriculteurs produisent de moins en moins, et la population meurt de faim.
Chez les premiers, on rivalise de bonnes idées pour faire face aux surplus : quotas, gel des terres, histoire de moins produire. Quitte à rétribuer joliment le cultivateur qui aura la bonne grâce de ne rien cultiver. Quant à l’écoulement des surplus, chacun rivalise d’astuce avec le pays voisin : le but commun étant de vendre encore moins cher que lui, tous les moyens sont bons, dût-on mettre à sec les caisses de l’État pour pallier les dommages qu’une telle braderie inflige forcément à l’agriculteur. Quand on ne détruit pas purement et simplement les stocks.
Pendant ce temps, dans certains « PVD », les paysans exsangues abandonnent leur charrue pour aller gonfler les rangs des chômeurs dans les bidonvilles. (…) Qui soignera l’agriculture mondiale atteinte de démence ? »
Page 82
« L’évangile selon saint José…
Industries de transformation, grande distribution : il y a d’abord le « gang de l’aval » – grands capteurs de valeur ajoutée, qui, d’un litre de lait sorti blanc et mousseux du pis, font un lot de 4 yaourts au bifidus actif parfumés à la mangue (le 4e gratuit !), dans leurs pots de plastique vert prairie au rayon ultra-frais de votre hypermarché. Mais de la stabulation au caddie, et du paysan au consommateur, la route est longue : collecter, trier, conditionner, stabiliser, normaliser, diversifier, transporter, stocker… Tout cela coûte son prix, et l’on n’est pas une oeuvre charitable. Alors, pour s’assurer des marges confortables, « on » a pris en otage l’agriculture mondiale, avec la complicité empressée du « gang de l’amont » : les géants de la semence et des produits dits « phytosanitaires ».
Page 153
« En guise de conclusion…
L’heure des choix a sonné, pour notre pays comme pour la planète. En 2013, si l’on n’y prend garde, l’agriculture mondiale aura basculé du côté ultralibéral. Et la nôtre sera sur une voie de garage… Quelle France voulons-nous pour demain, sur la scène mondiale ? Quelle agriculture ? Quelle alimentation ? Quel environnement ? Combien d’agriculteurs ? Pendant longtemps, nous nous sommes voilé la face en voulant tout. Une France exportatrice (subventions aux exportations !) mais bucolique (subventions aux projets environnementaux !), high-tech (vive la science !) mais bio (à bas les OGM !), compétitive (au temps pour les Américains !) mais sociale (vive les petits paysans !). Les échéances fixées par l’OMC ont au moins le mérite d’obliger la France à se réveiller. Et à trancher. Ensemble, nous devons nous interroger : notre pays a-t-il sa place dans la grande épopée mondiale de l’alimentaire et de l’énergie ? »
Page 155 :
« Les 9 enjeux majeurs de l’agriculture en France
La question qui se pose aujourd’hui peut se résumer ainsi : la France doit-elle rester une grande puissance agricole ? J’ai pour ma part la conviction que oui, ce livre vous l’a démontré. Partagez-vous ou non cette conviction ? Vous ne sauriez vous prononcer sans répondre aux 9 questions que je vous pose ici solennellement.
- L’enjeu démographique
- L’enjeu stratégique et géopolitique
- L’enjeu économique
- L’enjeu social
- L’enjeu de la sécurité alimentaire
- L’enjeu environnemental
- L’enjeu énergétique
- L’enjeu de la recherche et de l’innovation
- L’enjeu du patrimoine »
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